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Émile GALLÉ (1846-1904) et Victor PROUVÉ (1858-1953).

Lot 54
60 000 - 80 000 €
Résultat: 147 000 €

Émile GALLÉ (1846-1904) et Victor PROUVÉ (1858-1953).

Vase "Les hommes noirs, 1900", en verre soufflé de forme sphérique à col étranglé entre deux anses appliquées, décor floral dégagé à l'acide et repris à la roue, portant les inscriptions: "Hommes noirs, d'où sortez-vous ? / Nous sortons / de dessous terre / Béranger". Signé "Gallé 1900" et "V. Prouvé". Haut. : 39 cm. - Exposé à l'Exposition Universelle de Paris, 1900. - Présenté à l'exposition "L'Ecole de Nancy, 1889-1909", à Nancy, galeries Poirel, avril-juillet 1999, reproduit p.77 du catalogue. - Présenté à l'exposition "Le testament artistique d'Émile Gallé", à Paris, Musée d'Orsay, juin-septembre 2004, reproduit p. 133 du catalogue. - Exemplaire similaire au Musée de l'École de Nancy Historique : « La signification du vase "Hommes noirs d'où sortez-vous" est immédiate, non pas seulement par l'emprunt, alors pour tous évident, fait au pamphlet de Béranger, mais en raison de ses tonalités évocatrices des ténèbres. En cela, il s'inscrit dans la descendance de deux pièces antérieures d'une dizaine d'années, particulièrement remarquées pour leur coloration sombre. Sur la première, présentée à l'Exposition Universelle de 1889, un crapaud tapi dans l'ombre s'apprête à happer une libellule ; le second modèle montre un pélican aux prises avec un ptérodactyle. Le contraste entre la laideur repoussante des uns et la grâce aérienne des autres se veut symbole de la lutte des forces du bien et du mal. Lutte tout à fait apte à évoquer un combat politique contemporain, puisque l'un des exemplaires du vase au pélican fut en décembre 1890 dédicacé par Gallé à l'un des champions de l'émancipation irlandaise, William O'Brien. Les hommes noirs constituent à leur tour un bel exemple du rôle primordial des effets de matière dans le pouvoir de suggestion d'une oeuvre. Des janvier 1889, Gallé s'était adressé à Victor Prouvé, déjà sollicité en 1888 pour l'élaboration des oeuvres emblématiques faisant appel à la figure humaine. Durant une année entière, le peintre fait parvenir au verrier des projets qui n'emportent pas la conviction de celui-ci ; ce n'est qu'en décembre que Gallé semble satisfait et arrête son choix. Choix qui diminue singulièrement l'intervention du dessinateur par rapport aux croquis initiaux puisque seules trois figures symbolisant la calomnie, le jésuitisme et l'anonymat sont retenues. Prouvé n'en prend cependant pas ombrage. S'il recommande à Gallé de veiller au respect de son trait , car il se méfie des graveurs de Garenne qui « font toujours trop rond » et « cylindrent tout », il admet que les nuées de la partie supérieure, la boue d'où émergent les ombres, ainsi que le caractère pamphlétaire de l'oeuvre ne peuvent en définitive qu'être suggérés par le seul matériau. « Avec vous il faut compter sur de troublantes surprises du chant de la matière, ce qui vous permet tout. » Du point de vue religieux, les Hommes noirs témoignaient d'un anticléricalisme certain, mais n'allaient pas au-delà. La révolte, l'écoeurement qui se sont emparés de Gallé au moment de la phase la plus aigue de l'Affaire Dreyfus sont en réalité décuplés par une foi profonde qui vit ces évènements comme une insulte à la figure du Christ rédempteur. Gallé est intimement persuadé que mal et douleur sont contraires à la volonté de « Celui qui tient la clef des coeurs », de « Celui qui se réserve de dire le dernier mot », mais ne sont que la suite logique de l'égarement des hommes ». Il est particulièrement significatif que sur l'une de ses premières oeuvres qui fait allusion à l'affaire Dreyfus - un exemplaire fut exposé au salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1898, un autre se dressait sur le manteau du four de 1900 - à savoir "Le Figuier", avait été « sculpté avec piété et douleur le signe auguste d'un plus oublié encore, et qui souffrit et mourut pour avoir promis qu' « heureux seront ceux qui ont faim et soif, parce-qu'ils seront rassasiés. » » Contrairement aux Hommes noirs, l'allusion n'est pas immédiatement identifiable ; elle est cependant exprimée par la forme en calice, le long duquel roulent des larmes de verre, qu'explicite à son tour le vers de Victor Hugo : « Car tous les hommes sont les fils d'un même Père / Ils sont la même larme et sortent du même oeil. » On le voit, la lecture d'une telle oeuvre est riche : les larmes de verre, dotées par ailleurs d'un incontestable attrait décoratif, évoquent la transpiration physiologique si caractéristique des feuilles du figuier, mais aussi les larmes du Christ et des hommes victimes de l'injustice. Les sources d'inspiration de Gallé se révèlent plus complexes encore si l'on rappelle que le caractère mystique du calice et des larmes peuvent également relever d'impressions musicales. » (Extrait de : Philippe Thiébaut, Rêves et réalités dans l'oeuvre d'Emile Gallé, in « l'Ecole de Nancy, 1889-1909, Art Nouveau et Industrie d'Art, Nancy, Galeries Poirel, 1999).
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